La fabrication d'une pièce en céramique

Atelier Mabcia Ceramic

La préparation de la terre

Le constituant de base d’un objet en céramique est bien sûr, la terre. On parle aussi d’argile, soit une terre constituée de fines particules. Elle est présente à l’état naturel un peu partout dans le monde et est particulièrement visible sur les berges des cours d’eau. Il en existe plusieurs sortes que l’on différencie selon leur lieu d’origine. Leurs propriétés et leur couleur dépendent des minéraux et des impuretés dont elles se seront chargées au cours de leur migration jusqu’à leur lieu de dépôt.

Une fois l’argile brute extraite, des additifs (ex : sable ou chamotte (terre cuite broyée)) y sont généralement ajoutés afin d’en améliorer la plasticité, la rendant plus façonnable. Le choix du type de terre est très important et dépend principalement de l’usage que l’on souhaite en faire. Certaines sont plus fines, d’autres plus résistantes ou plus malléables.

La terre que j’utilise est un grès blanc à chamotte fine qui se cuit entre 980 et 1300°C. Ce dernier est particulièrement adapté au modelage tout en restant suffisamment polyvalent

Avant utilisation, il est préférable de pétrir la terre afin d’enlever les bulles d’air et de l’homogénéisée, ce qui facilitera son travail par la suite.

 

Le grès possède une couleur grise lorsqu’il est humide. Plusieurs techniques existent pour pétrir, comme celle de la "tête de bélier", elle permet d’expulser vers l’extérieur les potentielles bulles présentent dans le morceau de terre.

 

 

Le façonnage

Une fois la terre prête en main, dans un espace adapté et avec le matériel à disposition, il est temps de façonner. Cette étape consiste à travailler la terre pour lui donner la forme de l’objet que l’on souhaite réaliser. Pour cela il existe différentes techniques, dont le tournage, est généralement la plus connue. Elle consiste à placer la terre au centre d’un tour comprenant un plateau animé d'un mouvement rotatif. 

Je ne dispose actuellement pas de tour. Toutes mes créations sont construites par modelage ou par assemblage de pièces obtenues à l’aide de gabarits et de mesures (ici fabrication d'une boîte). Ceci me permet d’exploiter plus de formes d’objets (rectangles, triangles, asymétries), ce qui n’est pas forcément possible avec un tour.

 

étapes de fabrication d'un objet en terre cuite

 

En revanche la vitesse de réalisation d’une pièce par tournage est souvent plus rapide (si l'on en maîtrise bien la technique). Au final, chacun doit trouver la technique qui lui convient le mieux et qui est la plus adaptée aux pièces qu'il souhaite produire.

 

 

Le séchage

Lorsque la forme obtenue est satisfaisante, on passe au séchage. S’il nous n’est pas possible de terminer le façonnage de la pièce en une fois, il est possible de l’envelopper hermétiquement afin que l’humidité de la terre ne s’évapore pas. Plus elle est exposée à l’air libre, plus la terre durcie et devient dure à travailler. Il est aussi possible d’envelopper partiellement la pièce afin que son séchage soit progressif, évitant qu’elle ne craquelle ou se déforme. Un séchage complet peut prendre entre 3 et 7 jours. Pour la cuisson, il faut impérativement que toute l’humidité de la pièce ai disparue avant d’être cuite, sous peine de casse dans le four.

 

pièces en cours de séchage

 

 

La première cuisson ou « biscuit »

Les pièces totalement sèches sont ensuite disposées dans le four. Le transport des créations doit se faire avec précaution car celles-ci sont très fragiles et friables. Il suffit à peine de gratter pour voir l’objet partir en poussière.

 

 

La cuisson utilisée pour le biscuit correspond à un programme d’environ 8h atteignant les 980°C. La montée en température est progressive et suit différents paliers. Il est important qu’aucune pièce ne comporte de compartiment totalement fermé. Les gaz se dilatent avec la chaleur, ainsi toutes créations emprisonnant de l’air sous forme de bulle (d’où le pétrissage) ou non percée, explosera. Même si vous êtes plutôt sûre de votre travail, il y a toujours cette petite appréhension à chaque ouverture de four. Qu’une pièce explose est plutôt rare, mais si cela arrive, alors il y a de grande chance que la pièce en question soit perdue. En espérant qu’il n’y ai pas de dommages collatéraux (d'autres pièces abîmées par l'explosion ou une altération des résistances du four).

Les fours en cuisson biscuits sont généralement bien remplis, il est possible d’empiler les créations les unes sur les autres, de les faire se toucher. Après cuisson, les pièces n’adhéreront pas les unes aux autres. On utilise tout le volume de la cuve en créant des étages grâce à des plateaux et des quilles

Une fois le premier four fait, on ressent déjà un premier soulagement. Les objets sont devenus plus bien plus solides quand le risque de casse, lui, devient faible. Je vois ça un peu comme si on venait de sauvegarder une partie de jeu vidéo, moi je sauvegarde mes objets.

 

 

L’émaillage

Lorsque la terre n’a pas de couleur, on parle de terre « crue » (elle est très poreuse). Il est possible de garder certains objets tels quel, leur teinte se rapprochera du blanc. Si vous souhaitez donner une autre couleur à la création, alors il faut lui appliquer de l’émail. Il s’agit souvent d’un mélange de poudres minérales et de poudres de verre. Il suffit de mélanger cette poudre avec le bon volume d’eau pour donner une sorte de pâte fluide applicable sur la terre cuite. Selon la nature des émaux, ceux-ci sont plus ou moins faciles à travailler : plus ou moins poudreux ou épais. Dans l’activité de céramiste, les émaux font partis des matières qui coutent le plus cher

On voit souvent les potiers faire de l’émaillage par trempage des pièces, à l’aide d’une pince, dans des énormes sauts d’émail. Cette méthode est très rapide et la répartition de l’émail sur l’objet est très homogène. Aujourd’hui il m’est impossible de travailler de cette façon : j’utilise plusieurs teintes et il me reviendrait bien trop cher d’acheter ces volumes, en plus d’être assez encombrant. J’utilise tout simplement des pots, je garde l’émail sous forme de poudre dans des sachets et refait des mélanges avec de l’eau selon les besoins. Cette façon de faire est beaucoup plus économique, en revanche elle implique une application de l’émail au pinceau, ce qui est beaucoup plus long. Sachant qu’en général chaque pièce reçoit deux couches d’émail. L’application des émaux est très différente de celle des peintures. Ceci est difficile à expliquer et l’on ne comprend vraiment que lorsque l’on a déjà eu l’occasion de travailler avec de l’émail. Une fois que ce dernier est appliqué sur la pièce, l’eau s’évapore et l’émail reprend son aspect de poudre. Vous pouvez vous figurer une jolie corne de gazelle.

 

émaillage de la céramique

 

Le choix des émaux est une tache plutôt difficile. D’abord dans le choix des couleurs. J’essaie de ne pas dépasser 2 couleurs par pièces. L'aspect final des teintes que vont prendre les émaux sur l’objet reste assez imprévisible. Deux objets recouverts du même émail mais positionnés à des endroits différents dans le four, peuvent avoir une couleur différente. Egalement, l’épaisseur de l’émail peut être un facteur limitant dans le degré de finesse et précision que vous voulez donner à votre pièce. Il en est de même pour les délimitations entre couleur. Ainsi le rendu final d’une pièce peut soit correspondre à nos attentes ou être une sacrée surprise.

Pour aller plus loin sur l'étape magique de l'émaillage, je vous renvoie à mon autre article : "le monde des émaux" 

 

La deuxième cuisson

Les fours en 2ème cuisson sont bien moins remplis. Cette fois-ci, les pièces ne doivent pas se toucher, sous peine d’être définitivement soudées les unes aux autres. Elles ne doivent pas non plus toucher les parois du four et souvent même pas le sol. C’est pourquoi il commence au remplissage, un jeu un peu stressant de docteur maboul inversé. En général, je suis en apnée au moment de déposer les pièces unes à unes. Pour poser les céramiques dans le four, vous avez deux options : ne pas mettre d’émail sur les parties en contact avec le sol du four (le plus facile), ou alors, faire tenir l’objet sur de petites barrettes en métal avec des pointes. Il faut aussi bien prendre la précaution de s’essuyer les doigts entre chaque objet; les transferts de couleurs d’une pièce à l’autre, via les résidus de poudre d’émaux restés sur les doigts, sont très vite arrivés.
changement du four à céramique

 

En général, pour un four en cuisson biscuit, vous avez à peu près (selon la taille des pièces) deux fours en deuxième cuisson. Le programme de cuisson utilisé dépend des émaux qui ont été utilisés. Certains passent à 980°C, d’autres à 1020°C etc. Dans les deux cas, et ce qui fait la différence avec le biscuit, c’est que la température augmente plus rapidement. Ici la cuisson prend environ 6h.

A l’issue du four, et grâce aux émaux qui auront fondus sur la céramique, les objets deviennent plutôt imperméables. Cependant le résultat n’est pas totalement comparable à celui d’une porcelaine cuite à 1200°C, et qui dans ce cas, est complètement imperméable. La terre conserve un certain degré de porosité, c’est pourquoi je ne propose pas de vases. 
Après cuisson, il est temps d’inspecter chaque pièce. Plusieurs choses sont possibles : il peut y avoir des manques d’émaux, des émaux qui ont coulés, des émaux qui ont pris une couleur non désirée, des émaux qui ont bullés, ou la pièce peut être parfaite du premier coup ! Selon ce que l’on a obtenu il est possible de décider de repasser certaines pièces en deuxième cuisson avec des retouches d’émaux.

 

deuxième cuisson céramique

 

 

Au final l’obtention d’une pièce en céramique comprends 6 grandes étapes : la préparation de la terre, le façonnage, le séchage, une cuisson, l’émaillage et une deuxième cuisson. C’est un processus assez long, surtout quand vous êtes le seul artisan et que faire tourner les fours, nécessite préalablement de les avoir remplis. Cette dynamique me fait travailler en phases, je suis soit en phase de « façonnage » et consacre plusieurs semaines à la fabrication d’objets, ou en phase « d’émaillage » où je passe mes journées à émailler. Ensuite, vient le moment de tout prendre en photo puis de créer les fiches produits
Je crois qu’au final, ce rythme me permet de ne jamais me lasser. Et puis, il n’y a rien de plus satisfaisant que de voir une idée de concrétiser et de tenir dans ces mains, un objet que l’on a entièrement réalisé.
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